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Publié par samaurore

24 octobre 2010, 9h05, je passe la ligne d'arrivée du Trail de bourbon, au stade de la Redoute à Saint Denis, après 27h d'effort, 90 kms parcourus sur les chemins escapés de l'île de la Réunion, totalisant 4935 m de dénivelé.

 

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Peu de temps après l'arrivée, je retrouve toute la petite famille au stade de la Redoute. Vous me direz que j'ai des petits yeux, et oui je n'ai dormi que deux heures depuis 50 heures.

 

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Le Trail de Bourbon est le nouveau nom du semi-raid qui a changé de nom depuis cette année pour le valoriser en réel ultra trail longue distance même si avec ses 90 kms et presque 5000 m de dénivelé reste bien moins exigeant que le Grand Raid, appelé la Diagonale des Fous. Avec ses 163 kms et 9600 m de dénivelé c'est une des courses les plus dures au monde, particulièrement cette année avec un parcours ralongé de 13 kms par rapport à la précédente édition. 2600 partants sur la Diagonale, 1400 sur le Trail de Bourbon et pas moins de 45% d'abandons ou de raiders hors délais sur les deux épreuves.

 

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Vendredi 22 octobre: Aurore me laisse à la gare routière de Saint-Paul vers 23h20. J'ai opté pour l'acheminement par bus jusqu'à Cilaos, ce qui est à la fois pratique mais à l'inverse pas trés judicieux au niveau repos avant course. Effectivement le démarrage du trail à 6h du matin entame déja la réserve de sommeil avec une première nuit blanche sans dormir. Ca a forcément compté dans les heures qui ont suivi...

En tout cas belle ambiance au stade de la Redoute ou nous assistons au lever de soleil sur les Remparts du cirque de Cilaos.

 

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6h du matin: le top départ est donné. Je suis plutôt dans le deuxième tiers du peloton, passant la ligne en 850ème positon. Je n'ai volontairement pas voulu être trop devant pour me pas griller trop de forces dés la première montée. Finalement être un peu plus devant n'aurait pas été mal pour limiter les embouteilles dans la montée à la Caverne Dufour, gîte du Piton des Neiges. Ca m'a en tout cas laissé du temps pour prendre quelques photos, notamment au moment du premier pointage ou j'ai attendu une bonne dizaine de minutes.

 

En participant à mon premier ultra-trail, mon objectif était simplement de finir dans les délais. Effectivement, mon expérience en trail est trés limité avec ma participation au semi-trail de Cilaos en juillet 2010 (17 kms), au Chemin du Roy dans les Cerces en juillet 2007 (28 kms) et au Challenge des 3000 Ariégeois en août 1996 (24 kms). Ce type d'effort n'a rien à voir avec la course sur route ou j'ai l'expérience de 9 marathons et plus d'une vingtaine de semi-marathons.

 

Mon entraînement a quasiment été inexistant dans les 4 mois qui ont précédé ce trail, avec le semi-trail de Cilaos bouclé en 3 heures, une séance longue de 2200 m de dénivelé et 35 kms au mois d'août et trois sorties plus courtes ne dépassant pas 5 heures d'effort et 1200 m de dénivelé. Rajoutez quelques footings par ci par là et de nombreuses nuits sans sommeil depuis la naissance de Corentin et vous avez à peu prés le bilan de cette préparation qui ne dépasse pas les 15% de ce qu'il faut normalement pour s'aligner sur une telle épreuve.

 

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En arrivant au Gite du Piton des Neiges, on devine CIlaos 1250 m plus bas. On voit bien sur la photo la chenille humaine au premier pointage passé en 678ème position.

 

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En attendant le pointage du Gîte du Piton des Neiges, un raider me propose de me prendre en photo, profitons en avec ce beau ciel bleau et un bon état de fraîcheur, 8 kms seulement après le début du trail.

 

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Grâce aux nouvelles technologies, on peut suivre en temps réel le passage des concurrents aux différents postes de pointage. Alors que j'étais persuadé avoir perdu des places depuis mon premier pointage, c'est au contraire des places de gagner à chaque nouveau pointage à l'exception de la Possession ou je me suis accordé 2 heures de sommeil réparateur.

Passé le Gîte du Piton des Neiges, je fais une bonne descente par le Cap Anglais jusqu'à Hell Bourg dans le Cirque de Salazie, sur un terrain trés caillouteux, glissant, avec de nombreux blocs et racines. J'arrive à Hell Bourg bien motivé mais avec seulement 15 kms dans les jambes. La traversée du cirque de Salazie de l'îlet à Vidot jusqu'au départ du sentier Scout va me paraître interminable avec de grosses chaleurs mais surtout un manque cruel d'eau pendant une bonne heure avant le ravitaillement. J'enchaîne ensuite le Sentier Scout qui est vraiment magnifique jusqu'à Aurère.

Je m'accorde un quart d'heure de pause à Aurère avant de rejoindre Deux Bras qui est un des gros postes de ravitaillement après la jonction du Grand Raid et du semi raid.

J'arrive à Deux Bras à la tombé de la nuit, et m'accorde une pause de 27 minutes, le temps d'avaler une bonne soupe, des pâtes et du poulet. Je renonce à attendre devant la tente des masseurs au vu de la longue file indienne. Ca ne m'aurait pas fait de mal, bien au contraire mais j'ai hâte de passer la montée de Dos d'Ane que j'avais reconnu quelques jours plus tôt, d'ailleurs le seul endroit reconnu avec une partie du Chemin des Anglais à la Possession. La montée de Dos d'Ane se fait tranquillement, je dépanne un raideur qui a sa frontale tombée en panne, heureusement j'ai une frontale de secours. (j'espère juste que je la reverrai, je lui ai laissé mon numéro de téléphone!). L'arrivée à Dos d'Ane est encourageante, des dizaines de spectateurs nous encouragent à notre passage. La descente vers la Possession va petre interminable, 12 kms à descendre, puis remonter, puis redescendre dans la forêt de la Possession. Arrivé un peu avant une heure du matin, je suis lessivé, voilà 42 heures que je n'ai pas dormi. Je fais le choix judicieux de m'accoder deux heures de sommeil, allongé sur un sol en béton à 30 m du poste de ravitaillement. 3h du matin, je me réveille bien motivé pour reprendre la course, j'entame le chemin des Anglais jusqu'à la Grande Chaloupe et m'étonne d'avaler 500 m de dénivelé au moment du lever du jour en montant vers Saint Bernard. En arrivant à la Fenêtre, gros coup de pompe, j'avale un gel bien sucré et ca va rapidement mieux pour rejoindre le Colorado. Il en reste alors que 5 kms et je ne m'attarde que quelques minutes au ravitaillement. La fin n'est que du pur bonheur, l'euphorie d'aller au bout de cette belle épreuve et c'est pas moins de 30 places gagnées sur les 5 derniers kilomètres. Passé le Pont Vin San, je trouve de l'énergie pour finir en courant jusqu'à la ligne d'arrivée au Stade de la Redoute, acclamé par de nombreux spectateurs! Une ambiance émouvante!

J'avais entendu que la réussite dans ce genre d'épreuve, c'était un tiers dans les jambes, un tiers dans l'alimentation et un tiers dans la tête. La je peux dire que le mental a énormément joué pour faire abstraction de la douleur.

Je finis donc 564 ème en 27 heures, deux heures avant la barrière horaire qui éliminera malheureusement des centaines de concurrents, arrêtés par la barrière horaire aux différents postes de pointages ou bien par abandon.

L'objectif est rempli. Il était trés incertain vu mon manque d'entraînement et le manque total de repère sur longue distance, moi qui n'avais jamais enchainer plus de 2400 m de dénivelé et 42 kms sur marathon.

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Une belle médaille de "FINISHER" bien méritée. Margaux et Corentin auraient été décus que leur papa ne raméne pas une jolie médaille en forme de damier! Merci à tout ceux qui m'ont encouragé par la pensée à distance pendant cette épreuve. Merci à Aurore qui m'a trouvé des barres énergétiques de trés bonne qualité, des gels hypercaloriques et offert un camelback bien adapté au trail. J'invite les amis Grenoblois à venir découvrir cette épreuve mythique comme peut l'être la CCC ou l'UTMB à Chamonix. N'oubliez pas que le vainqueur de la Diagonale 2010 n'est autre que Kilian JORNET, le double vainqueur de l'UTMB et de la Pierra Menta qui depuis sa victoire à la Réunion est considéré comme un extra-terreste, mettant 1h30 de moins que le second de l'épreuve. Mettre 23h17 pour parcourir 163 kms et 9600 m de dénivelé sur des chemins aussi exigeants, c'est effectivement hallucinant.

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Commenter cet article

Christophe 23/11/2010 09:54


Il est vraiment phénoménal... et un peu fou aussi. Bravo Sam.
Christophe


nicnic38 03/11/2010 19:58


Ce genre de course c'est 10% de physique et 90% de mental...
tu l'as géré comme un chef!

Respect total!


renarde1 31/10/2010 22:22


Bravo Sam, magnifique épreuve, tu peux être fier d'être finisher ! je suis admirative !


Matthieu 27/10/2010 21:36


Je redis "Bravo", parce que quand même!


Sophie 26/10/2010 22:24


En arrivant à la fin du récit on comprend mieux la mine fatiguée de la 1ère photo...bravo Sam d'être arrivé au bout de ce challenge!